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La LGV détruit les zones naturelles sensibles.

lundi 3 octobre 2011, par ajas

Entre Saint-Selve et Castres-Gironde,
« Réseau hydrographique du Gat-Mort et du Saucats »
site Natura 2000 FR7200797 enregistré en 2002

Pour l’ensemble de ce site Natura 2000, « six secteurs présentent une concentration particulièrement importante d’éléments patrimoniaux et constituent des zones à enjeu patrimonial majeur et prioritaire » (in DOCOB du site). La zone présentée est un de ces secteurs. Il s’agit d’un territoire de 350 à 370 m de largeur, qui se développe entre l’autoroute A62 et le bourg de Castres-Gironde sur à peu près 3,5 kilomètres. L’altitude du fond de vallée oscille autour des 6 mètres et celle des points hauts de ses flancs à une vingtaine de mètres. Cette zone basse est un lieu d’affleurement des calcaires de l’Oligocène (ensemble géologique formé il y a près de 30 millions d’années) accompagné de résurgences d’eau. Parmi elles, celle de Bellefont dont une partie des pompages contribue à l’alimentation de Bordeaux.
Vaste espace humide, ce territoire est occupé par une mosaïque de forêts alluviales, de prairies bocagères et de mégaphorbiaies. Traditionnellement, la plus grande partie de ces espaces avait une vocation herbagère et présentait un paysage de prairies bocagères incluses entre les bras de rivières et ceinturées de fossés. Aujourd’hui, la déprise agricole a laissé la place à une reforestation naturelle de boisements humides. Après abandon, les anciennes prairies ont été colonisées par des fourrés puis par des peuplements mixtes d’aulnes, de frênes et de chênes.

Au titre de la « Directive européenne Habitats Faune Flore », la conservation des boisements humides à aulnes et frênes du site est considérée comme « prioritaire ». Au-delà de l’aulnaie-frênaie, le site abrite des espèces animales et végétales dites « d’intérêt communautaire » qui doivent également être préservée : Agrion de mercure, Cuivré des marais, Cistude d’Europe, Loutre d’Europe, Martin pêcheur d’Europe, Angélique à fruits variables, Colchique d’Automne, etc.

Le site Natura 2000 du Gat Mort et du Saucats présente une autre particularité : les deux rivières sont situées « au centre de l’aire de répartition du Vison d’Europe », le mammifère le plus menacé d’Europe, ce qui est à l’origine de la désignation du site. Ce petit mustélidé amphibie a été observé en aval du Saucats il y a une dizaine d’années, et on peut difficilement trouver mieux pour son établissement que l’espace que l’on présente.

Si la « protection des zones humides » a un sens (milieux et espèces), ce site devrait donc faire l’objet d’une protection toute particulière !
Dans la législation on lit : « Les programmes et projets de travaux, ouvrages et aménagements » sur les sites Natura 2000 sont soumis à « évaluation des incidences »…« L’évaluation des incidences est ciblée sur les habitats naturels et les espèces d’intérêt communautaire ayant justifié la désignation des sites Natura 2000 concernés. C’est une particularité par rapport aux études d’impact ». ..« Il s’agit de vérifier que les projets ne portent pas atteinte aux habitats naturels et aux espèces d’intérêt communautaire présentes dans un site Natura 2000 »…« Dans le cas où les atteintes à un site sont significatives, il n’est possible d’autoriser les projets que s’ils répondent à trois exigences : Il ne doit pas exister de solutions alternatives à la réalisation du projet. Ce dernier doit être motivé par des raisons impératives d’intérêt public. Des mesures compensatoires sont prises par le maître d’ouvrage pour assurer la cohérence du réseau Natura 2000 ».

Initialement, un tracé de la LGV moins destructeur avait été envisagé et même garanti le long de l’autoroute. Ce projet de passage devait, par la suite, être abandonné au profit de celui qui a été validé et que l’on présente. La raison invoquée par RFF est un surcoût de plus de 90 millions d’euros pour un passage le long de l’autoroute. Au-delà du fait que RFF ne souhaite visiblement pas communiquer le détail de ce surcoût (qui laisse perplexe pas mal de monde), on a là une évaluation de ce que vaudrait un environnement unanimement reconnu comme remarquable.


Extrait de cartes IGN n° 1537E et 1538E - © IGN-Paris 2011 - Autorisation n° 221144