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LGV et grands élus

dimanche 28 juillet 2013, par LGPE

Concernant les projets de LGV, voila déjà pas mal de temps que l’on a compris que RFF ne comptait pour rien : son discours est celui qui lui est dicté.
L’État, dans un accès de lucidité consécutif à sa situation financière, fait marche arrière.

Seuls nos grands élus demeurent immuables, je ne dirai pas dans leurs convictions mais dans leurs volontés. Cela, malgré des avis aussi autorisés que ceux de M. Pépy, de la Cour des comptes, du SNIT, des Assises du ferroviaire, du rapport Duron, etc., qui affirment que la priorité n’est plus à la "Très Grande Vitesse" mais aux "trains de tous les jours et à la réhabilitation du réseau existant". Malgré aussi, de la part de personnalités du monde politique, un discours public très critique : "égos surdimensionnés..., pouvoir personnel..., psychorigidité.., pharaonisme..., clientélisme..., divergence d’opinion assimilée à un crime de lèse majesté.., lobbying..., énorme pression sur la commission Duron..., chantage au financement de Tours/Bordeaux..., " etc.

Trop extérieur à ces controverses, le citoyen ordinaire, voire quelques élus, éprouve des difficultés bien compréhensibles à faire la part des choses.

Il n’en demeure pas moins que quelques éléments de bon sens peuvent être révélateurs de certains "vices cachés" des dossiers.
On peut par exemple considérer d’un peu plus près le problème de la rentabilité : Fondamental puisque, en théorie, les statuts de RFF l’empêchent de s’engager sur des projets non rentables.
Dans la lettre des grands élus au premier ministre de ce début juin, ces derniers insistent sur la rentabilité du GPSO avec "6,5 millions de voyageurs supplémentaires à la réalisation du projet et une augmentation conséquente au fil du temps..". Idem pour le fret avec un "doublement et plus de son volume entre la mise en service et 2050"..

1ère remarque : Qui peut dire ce que sera le trafic voyageur ou fret en 2020, 2030 ou 2050, au train où évolue la situation socio-économique du pays ? Aujourd’hui, RFF ou SNCF n’osent plus dire : "la très grande vitesse est un luxe qui se paye".
Pourtant les hausses tarifaires seraient substantielles parce que
- la très grande vitesse est dévoreuse d’une énergie dont les coûts augmenteront inexorablement ;
- elle est cause d’une dégradation accélérée des infrastructures ;
- le coût de l’entretien du matériel roulant est sans commune mesure avec celui des trains classiques.

Et rien n’incite à croire que, parce que le trajet durerait 1 heure de moins, les masses populaires auront l’envie et surtout les moyens de se ruer à Guggenheim ou à Marne la Vallée.

Autre élément à ne pas négliger : La multiplication des lignes ferroviaires.
2 tracés pour aller de Bordeaux vers la frontière espagnole, 3 tracés pour aller de Toulouse à Paris (classique, TGV, POLT) accroîtraient considérablement les charges de maintenance. On discerne mal les importantes augmentations du trafic qui viendraient financer ces surcoûts.
Si l’on replace cela dans le contexte général, au train où vont les choses, la dette ferroviaire, de 32,5 milliards d’euros en 2010, pourrait atteindre quelques 61 milliards en 2025.
Et le système ferroviaire reçoit annuellement plus de 12,5 milliards (2011) de la part de l’État et des collectivités locales.
Le SNIT avait recensé 80 projets ferroviaires, routiers et fluviaux pour la bagatelle de 245 milliards. Il fallait faire des choix et qu’observe-t-on ?
Dans un bel esprit d’intérêt national, les grands élus de tous bords et de tous lieux s’efforcent de tirer la couverture à eux pour sauver leur projet.
Dans ce contexte, alors que depuis belle lurette on nous rabâche qu’il faudra changer nos habitudes et nous orienter vers un monde moins gourmand en matières premières, en énergie, en mobilité, alors qu’à ces raisons sociétales et environnementales s’ajoutent aujourd’hui des raisons financières majeures, nos grands élus s’obstinent à vouloir leurs LGV.
Des LGV non finançables par de l’argent public, avec un État astreint à des coupes drastiques et des collectivités locales qui se disent à bout de souffle, et non finançables par de l’argent privé pour cause de non rentabilité des projets... À moins de garanties publiques qui hypothèqueraient encore un peu plus notre avenir...
Alors comment le citoyen doit-il interpréter tout cela ? Incapacité à sortir d’un schéma passéiste ? Vision faussée de l’ensemble de la société et de son avenir ? ou intérêts particuliers ?