Association Landes Graves Palus Environnement
Accueil > L’association LGPE > Chroniques > Grandes infrastructures : Les limites de la croissance

Grandes infrastructures : Les limites de la croissance

vendredi 5 mai 2006, par Simon Charbonneau

Jusqu’à présent l’Aquitaine avait été relativement épargnée par la prolifération des grandes infrastructures de transport tant autoroutières que ferroviaires, à l’exception du nord (Gironde et Dordogne) dont l’espace a été touché par les autoroutes A10 et A89, et du sud avec les autoroutes A62 de Bordeaux vers Toulouse et A64 entre Pau et Bayonne. Ce « retard » pourtant positif du point de vue du respect du cadre de vie de ses habitants a toujours été rituellement dénoncé, tant par les représentants du monde économique (chambres de commerce en particulier) que par nos grands élus se désolant de « l’enclavement » de notre région, le modèle de développement restant curieusement, pour cette catégorie d’acteurs, celui de la région parisienne quadrillée d’infrastructures en tout genre. Or depuis le début des années 2000, une avalanche de projets a vu le jour, plus menaçants les uns que les autres pour la qualité de l’environnement qui fait la réputation justifiée de notre Aquitaine où il fait encore bon vivre. Au nord de la Gironde, il y a tout d’abord le projet de ligne à grande vitesse (LGV) Tours/Bordeaux qui est destiné à faire gagner une heure aux voyageurs entre Paris et Bordeaux et qui n’a jamais fait l’objet d’une procédure de débat public. Ce projet est actuellement le plus avancé, sans d’ailleurs avoir provoqué aucune réaction dans ce secteur.

Mais c’est surtout au sud de ce département que la débauche d’infrastructures menace la tranquillité de ses habitants et celle de ses contribuables. Il y a tout d’abord le projet de LGV Bordeaux/Toulouse qui a provoqué une forte mobilisation des élus et des associations dans cette partie de notre département au cours du débat public de l’année dernière. Malgré cette opposition massive dénonçant l’inopportunité du projet, le conseil d’administration de Réseau Ferré de France a approuvé ce dernier, illustrant ainsi son mépris vis-à-vis des populations locales. L’avenir de ce projet est en réalité dépendant de celui représenté par la LGV/SEA de Bordeaux vers Hendaye dont l’un des tracés possibles passerait par Captieux pour obliquer vers Mont de Marsan. Puis il y a aussi le projet d’autoroute A65 Langon/Pau actuellement en cours d’enquête publique, sans débat public préalable, qui va affecter gravement nos landes girondines, malgré une utilité publique plus que contestable. Enfin, cerise sur le gâteau, le projet de grand contournement autoroutier de l’agglomération bordelaise, combattu par les associations en 2003 au cours du débat public qui lui était consacré, est aujourd’hui arrivé au stade de la définition des fuseaux qui soudain font réagir les habitants concernés. Sans compter le nouveau pont sur la Garonne à la hauteur de Lucien Faure ....... !
La question de bon sens que se pose alors tout citoyen un peu informé est la suivante : pourquoi cette débauche d’infrastructures de transport et à quel prix ? Il y a tout d’abord l’énormité des investissements qui se comptent en milliards d’euros alors que l’endettement de l’Etat progresse et qu’il manque de l’argent dans des secteurs vitaux comme celui des hôpitaux. Il y a aussi les atteintes irréversibles au cadre de vie des habitants concernés qui vont subir toutes sortes de nuisances, sans compter les écosystèmes détruits et les zones inondables occupées par ces grands équipements comme pour la traversée de l’estuaire par le grand contournement autoroutier. Et pour quels avantages et retombées économiques locales ? Pour voir passer la cohorte de camions étrangers et les rames de TGV en pleine vitesse dont il nous faudra payer l’infrastructure à travers les budgets sollicités des conseils généraux et régionaux ? Pour l’intérêt de qui ? Des extracteurs de granulats pilleurs de nos terroirs viticoles ?
Dans un système économique de transports internationaux comme le nôtre, les populations locales, et plus particulièrement les ruraux, sont une fois de plus sacrifiées au nom du progrès, c-à-d du toujours plus. Tout cela, alors qu’en ce début du XXIè siècle, les coûts de la croissance deviennent manifestement exorbitants au regard des sacrifices demandés. Seuls les nostalgiques des trente glorieuses peuvent encore croire à l’envolée sans limites des courbes de croissance ! Car il faudrait, paraît-il anticiper l’avenir du trafic vers le toujours plus de mobilité des hommes et des marchandises ! Mais de deux choses l’une : soit le trafic motorisé va continuer à croître au même rythme et la nouvelle infrastructure autoroutière n’entraînera qu’une décongestion très temporaire, comme pour la mise à trois voies de la rocade, soit, chose la plus probable aujourd’hui, l’envolée actuelle des prix du pétrole va rendre à terme complètement obsolète la construction de ces grandes infrastructures de transport, compte tenu de l’énormité des bouleversements économiques consécutifs à cet événement mondial. En toute hypothèse, la réponse aux besoins actuels apparaît radicalement décalée au regard de la situation à venir. Autrement dit, il ne s’agit plus de faire ce que l’on a toujours fait depuis cinquante ans, mais d’inventer des réponses nouvelles.
Le retard de l’Aquitaine ? Contrairement aux idées reçues, c’est plutôt une chance à saisir pour emprunter une voie nouvelle dont les générations futures puissent nous être reconnaissantes.

Simon CHARBONNEAU